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Hip Hop New York

The Last Poets

Atterrissage imminent à l’aéroport JFK, la température extérieure est de 20°C. New York, là où les gratte-ciels font éternuer les nuages. Nous sommes le 19 mai 1968, anniversaire de Malcom X mais aussi la formation du groupe The Last Poets pratiquant le spoken-word.

Considérés comme l’une des figures les plus influentes du Hip Hop à New York, ils sont également une référence du mouvement contestataire noir américain des 70’s. Ayant des liens très étroits avec les Black Panthers, leur volonté a toujours été de créer « une prise, voire une crise, de conscience »¹ chez les membres de leur communauté. La révolution est alors en marche et son arme n’est autre que le pouvoir des mots.

Les Last Poets représentent une source d’inspiration parfaite pour le DJ Afrika Bambaataa, originaire du Bronx. Jeune homme en quête d’alternative à la guerre des gangs, il fonde alors la Zulu Nation. Son but étant d’offrir aux jeunes un moyen d’expression libre et pacifique mais surtout un exutoire. Ainsi la naissance du rap donne un nouvel outil d’identification à cette culture Hip Hop, et les jeunes détiennent entre leurs mains les clés d’une possible réussite. De plus, le rap s’apparente à un processus de sublimation de la violence qui la convertie en pulsion artistique et créatrice. En définitive, cette culture est avant tout artistique et permet en ce sens de rendre visible ce qui nous est parfois masqué, il s’agit d’un art qui dévoile les facettes de ce monde par le biais de textes engagés et réfléchis.

Selon Greg Tate, l’un des membres fondateur de la Black Rock Coalition, les rythmiques à répétition reflètent l’âge de la mécanique, de la technologie : « Le Hip Hop s’adapte et négocie tout, comme nous nous avons su établir des règles de vie dans les villes »². C’est pourquoi le Hip Hop n’est certainement pas une musique des campagnes mais pleinement urbaine.

Longtemps critiqué voire dénigré, certains pensaient que le Hip Hop ne serait qu’éphémère. Or cette culture fini par séduire et surtout il s’en dégage un pouvoir attractif pour de nouveaux investisseurs. Le rap devient alors une source financière intéressante aux yeux de managers auto-proclamés experts en un temps record. Dès les 90’s, la nécessité de rentabilité fait entrer certains artistes dans une logique commerciale. Ainsi des labels comme Def Jam gagnent en renommée et d’autres voient le jour comme le célèbre Roc-A-Fella dont le prodige Kanye West est issu.

Bien qu’il recouvre désormais d’autres significations, le Hip Hop s’incarne toujours dans cette devise qu’est « Keep It Real ». Une capacité indéniable à s’imposer mais surtout à réunir des personnes parfois d’horizons opposés, tel est le charme du Hip Hop. Aujourd’hui encore nous sommes fiers de perpétuer cet art et de le transmettre. Tout en conservant ses valeurs initiales de partage, de respect mais aussi de paix.

Thamara

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1. Entretien avec The Last Poets : « Le monde a changé, notre parole est à nouveau nécessaire », Rue89, réalisé le 18 avril 2008.
2. Entretien avec Greg Tate, Culture Hip Hop à New York de Claude Fléouter, Jean-François Vallée and Frédéric Variot, 1994.


Focus on : Wark Rocinha

Wark Rocinha

Notre coup de cœur du mois s’oriente vers le Brésil. Nous décollons donc vers ses paysages paradisiaques et bien plus encore. Un pays considéré comme l’un des berceaux du melting-pot et qui a vu son émergence s’accroître indéniablement. Toutefois le Brésil rime également avec favela, ces bidonvilles construits sur des morros (collines). Elles prennent racine clandestinement suite à l’abolition de l’esclavage et abritent aujourd’hui des milliers de brasileiros.

Mais ces favelas regorgent également d’idées innovantes. Il s’agit d’un vivier créatif qui cherche à déconstruire cette image ternie par des trafics animant les rues de ces microcosmes.

C’est à Rio de Janeiro que Rocinha s’élève dans les airs, l’une des plus grandes favelas construites dans le pays. Nous pouvons considérer qu’il s’agit d’un signe si ces habitants peuplent des collines qui s’élèvent vers le ciel, car certains en illuminent le quotidien comme des petites étoiles. Nous évoquerons donc Marco Rodrigo, aussi connu sous le pseudonyme « Wark Da Rocinha ». Durant les années 80, un engouement pour le graffiti s’ammorce dans les favelas. Et sa démocratisation partielle permet de sensibiliser Marco et prend goût pour cet art et se lance pour se démarquer peu à peu. Ce jeune graffiti artist à force de travail et de persévérance est parvenu à obtenir une reconnaissance internationale et son art se transforme alors en moyen de communication. Il incarne une figure emblématique de la favela et plus largement du grafftiti Brésilien. De plus, il parvient à créer un lien entre lui, les jeunes favelados ainsi que le gouvernement à travers son moyen d’expression qu’est le graffiti. Car Marco s’investit énormément auprès des jeunes de sa communauté, à partir de 2001 il donne des cours au Centre Professionnalisant de Rocinha qui lui permet d’accroître sa renommée et d’être invité à participer à une multitude de projets.

Wark Rocinha

Ses œuvres sont exposées à plusieurs reprises notamment aux Galeries du Brésil et peuvent être également admirées au sein de collections particulières au Canada, en Australie, en Angleterre, Angola ou encore aux Etats-Unis. Son art s’exporte donc et traverse les frontières de son pays natal, brisant ce mur invisible séparant la favela du monde qui l’entoure. En outre, il réalise en 2010 la première exposition de la Galerie Urbaine Rocinha où il offre une visibilité aux œuvres de ses élèves.

En définitive sa volonté initiale n’est pas tant d’exporter son travail mais plutôt d’agir encore au sein de sa communauté. En définitive sa volonté initiale n’est pas tant d’exporter son travail mais plutôt d’agir encore au sein de sa communauté. Il souhaite transmettre son savoir-faire ainsi, il fonde l’Instituto Wark Rocinha en 2011.

Il est aujourd’hui difficile de parcourir les rues de Rocinha sans y croiser le regard emblématique de son clown blanc et rouge devenu sa signature. Medine cherchait à faire du rap une passerelle vers les grandes écoles tandis que Marco Rodrigo tente de faire du graffiti un outil permettant de comprendre la société en lui permettant de s’exprimer librement. Cet artiste ne cherche donc pas à renier ses origines, comme le prouve son parcours atypique, sa volonté est d’améliorer les conditions de vie de ses semblables. Sa source d’épanouissement est le partage de sa passion. Grâce à son investissement personnel il permet aux jeunes d’acquérir une estime de soi et de nouvelles perspectives pour éclairer un avenir parfois assombri.

Thamara

Liens:
Instituto Wark Rocinha

Wark Rocinha – Fotolog


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